2015.09.12

2 mois entre mon dernier article et celui-ci. Ouaip, je ne suis franchement pas fiable comme blogueuse. J’ai relis mon dernier article et on dirait que ce n’est pas moi qui l’a écrit. Que c’est une autre fille. Car, dans ces derniers deux mois, il s’est passé pas mal de choses, dont le fait qu’on m’a diagnostiqué un cancer du col de l’utérus.

Au printemps dernier, je décide de recommencer la pilule. Ça me tentait pas trop car prendre la pilule = migraines plus fréquentes mais après avoir pesé le pour et le contre (raisons personnelles), j’ai besoin d’une prescription. Ah pis, je suis due pour mon test Pap, le dernier date de 2 ans. Comme je n’ai pas de médecin de famille, je me fais du « fun » à aller quêter ma prescription à un médecin de clinique sans rendez-vous. Pour le test Pap, on m’indique de prendre rendez-vous avec une infirmière du CLSC. Une semaine plus tard, je m’ouvre les jambes et ma collègue infirmière fait ce qu’elle a à faire.

J’en entends plus parler pour des semaines, je me dis donc que mon test doit être négatif. Erreur. L’infirmière m’appelle pour me dire que mon test est anormal et que j’ai besoin d’une biopsie afin de s’assurer que ce n’est rien de grave. Je lui demande plus d’infos sur le test et elle me dit qu’elle ne peut pas savoir comment sont les cellules. Bullshit, car lorsque j’ai vu le gynécologue, c’était clairement inscrit que j’avais des cellules de type haut-grade.

Donc, je dois rencontrer un gynécologue, qui va venir gratter mon col et analyser les cellules. Déjà que je n’aime pas trop me faire jouer là, j’ai atrocement peur de tous les tests médicaux possibles (yep, une infirmière trouillarde!). La biopsie en tant que tel ne fait pas trop mal, c’est la même douleur qu’une crampe menstruelle. C’est plutôt le fait que j’ai vu mon col à l’écran et plein de sang que j’ai failli m’évanouir et, digne de moi-même, je me suis mise à pleurnicher. Le médecin m’a réconforté en me disant que c’était normal d’avoir des cellules anormales au col et que c’était facilement traitable. Je suis déçue, car pleins de gens m’ont dit que je pouvais avoir un faux positif et ce n’était clairement pas le cas.

Mon conjoint m’attend à l’extérieur et voit que j’ai pleuré. Je lui dis que c’est des cellules anormales. Il me dit : « Fiou, je pensais que tu allais m’annoncer que tu as un cancer. ». On part à rire… Je dois prendre rendez-vous pour savoir les résultats de la biopsie. La date tombe en plein milieu de mes stages.. Zut.. « Pouvez-vous reporter mon rendez-vous de deux semaines? ». La secrétaire m’arrange ça. Au moins, si j’ai à dealer avec d’autres traitements, ce sera après mes stages.

Les 8 semaines suivantes sont passées à la vitesse de l’éclair. Être en stage avec les étudiants 3 jours par semaine, travailler en même temps une fin de semaine sur deux à mon autre travail et faire la correction des travaux étudiants gobe tout mon temps. Enfin, le 5 août, mes stages se terminent et je vais voir le gynécologue.

Je me rappelle encore la scène. Je suis assise sur un tabouret, vêtue d’une jaquette d’hôpital bleue trop grande pour moi et des pantoufles de tissu cheap dans les pieds. Le docteur me tourne le dos et lit les résultats. Il tourne une page, puis une autre. Il revient à la première, puis tourne l’autre. Il respire un grand coup en disant « Bon. ». C’est là que j’ai senti mon cœur palpiter.

Le diagnostic tombe. J’ai un cancer du col de l’utérus. Les larmes se mettent à jaillir d’elles-mêmes. Je n’entends plus trop ce que dit le médecin. Je demande si mon conjoint peut venir. Une infirmière va le chercher et tout de suite je sens des bras réconfortants m’entourer. Car du réconfort, j’allais en avoir de besoin.

Non seulement j’ai un cancer du col de l’utérus, mais c’est une forme plus rare, qui nécessite souvent des traitements plus agressifs. On oublie le projet d’avoir des enfants, projet qui me tenait énormément à cœur puisque ça fait des mois que je demande à mon chum quand on va pouvoir agrandir notre famille.

Je dois me faire opérer, le médecin m’explique la procédure. C’est simple, il vient couper une partie de mon col afin qu’elle soit analysée. Si le cancer est maintenu dans la partie coupée, je suis officiellement en rémission. Je dois avoir trois tests Pap négatifs avant de pouvoir penser aux enfants. Si le cancer s’est propagé plus loin, il n’y a pas trente-six milles solutions : je dois me faire enlever l’utérus, peut-être de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.

Je me rappelle encore quand je suis sortie du bureau du médecin, le visage gonflé par les larmes. Toutes les femmes qui attendaient le médecin m’ont vue. Ça m’aurait foutu la chienne. J’ai sangloté dans le vestiaire, je n’arrivais pas à me contrôler. Apprendre la nouvelle, ça fait mal. C’est un choc. À 26 ans, j’en avais pas envie du cancer.

Le pire, ça a été de l’annoncer à ma famille. Comment annoncer ça à vos proches? Je pleurais à chaudes larmes au téléphone, parfois mes parents ne comprenaient rien et m’obligeait à répéter. Je pensais que ça allait être plus facile à chaque appel, mais non. Ça faisait aussi mal à chaque fois.

Les jours qui suivirent furent très difficile. Quand on vous annonce un cancer, on pense au pire. Et on a peur du pire. J’avais l’impression qu’un petit nuage noir nommé cancer tournoyait autour de moi et me pourrissait la vie. Je n’arrêtais pas de pleurer pour aucune raison valable. Le médecin m’a dit que j’allais attendre jusqu’à 4 semaines pour mon opération. Par chance, on m’a appelé deux jours plus tard. J’allais me faire opérer une semaine après l’annonce de mon diagnostic.

J’ai décidé entre temps de faire un coming out sur facebook. Je désirais sensibiliser les gens autour de moi au Test Pap. Pleins de gens sont venus m’en glisser un mot; grâce à mon message, plusieurs femmes ont pris un rendez-vous car elles n’avaient pas fait leur test Pap depuis des lunes. Ça m’a fait du bien.

Tellement du bien que j’ai décidé d’en parler ouvertement à mes élèves en soins infirmiers. J’ai parfois la voix qui shake quand je l’annonce, mais si je réussis à ce que l’UNE de mes élèves soit sensibilisée, j’ai l’impression d’accomplir un travail plus vrai que celui d’être prof.

C’est pourquoi j’ai décidé d’en parler également sur mon blog, car ma vie vient de prendre un sacré tournant à cause de mon cancer. Même si je deviens en rémission, je peux garder des séquelles physiques à vie, comme faire des fausses couches ou accoucher prématurément. Une de mes collègues de travail au cégep a justement eu une conisation et surprise, elle a eu deux fausses couches et deux enfants prématurés.

J’attends le 30 septembre avec impatience. Le 30 septembre, je vais savoir si le cancer s’est propagé ou pas. Je suis à veille de virer folle tellement je trouve l’attente difficile. J’aimerais être fixée maintenant, savoir si je peux garder mon rêve de fonder une famille ou pas.

Si vous lisez les derniers articles, écrits par l’ancienne Sorcière Frugale, vous remarquerez qu’elle était très motivée par l’argent. Je n’avais aucun problème à avoir deux emplois, à mettre les bouchées doubles pour voir rentrer les billets verts dans mon compte de banque.

Maintenant? L’argent est toujours un sujet dont j’adore parler. Je lis religieusement de nombreux blogs sur les finances personnelles. Mais j’ai décidé que j’allais arrêter d’être une superwoman, que j’allais cesser de me fixer des objectifs financiers impressionnants. Car oui, c’est facile d’économiser quand on travaille en malade et qu’on ne dépense pas beaucoup. Mais à quel prix? Celui de ma santé?

J’ai décidé de changer mes priorités. De réorienter les voiles de ma vie. Je ne sais pas trop où je vais naviguer. Mais une chose est certaine, ce que le gynécologue va me dire dans 19 jours (car oui, je les compte en maudit) m’aidera à choisir ma voie.

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